Entrevista a Pilar Monsell / Cinéma du Réel

Jean Sebastian Seguin entrevista a Pilar Monsell para Le Journal du Réel #3, la publicación diaria de Cinéma du Réel-Festival Internacional de Cine Documental de París, donde nuestra película ÁFRICA 815 se encuentra participando en la Competición Internacional.

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A travers une série de photos d’archives, de films de famille en super-8 et des mémoires de son père, Pilar Monsell aborde tout en finesse l’intimité et le passé de celui-ci, son homosexualité, son histoire.

« Quand les mémoires racontent aussi ta propre histoire, ta place face à ces mots est modifiée. Surtout lorsque tu te rends compte que tu es née dans le troisième tome des mémoires de quelqu’un d’autre”.

Pourriez-vous nous raconter à quel moment est né en vous le désir de réaliser ce film ?

C’était il y a quatre ou cinq ans, suite à une série de conversations avec mon père sur son histoire personnelle. Je suppose que l’âge compte, car à cette époque j’avais 30 ans, un âge où souvent tu renoues avec tes parents, mais à partir d’un point de vue plus mature. En fait, lors de mes recherches pour un projet de court-métrage, je m’étais intéressée à une période de l’histoire contemporaine espagnole qui a longtemps été effacée des programmes scolaires ; la répression pendant la transition démocratique à la fin de la dictature. Seules les personnes qui ont fait des études ou qui viennent d’une famille militante, la connaissent. J’ai donc beaucoup lu, et lors de ces lectures, l’histoire de mon père est entrée en résonance. Né en pleine guerre civile, fils de républicains, il a vécu une partie de son enfance dans le camp de réfugiés à Argelès-sur-mer. Quand j’étais enfant, il ne nous a jamais raconté son histoire, et c’est lors d’une conversation avec lui à ce sujet que tout d’un coup j’ai découvert ce lien étroit entre l’Histoire avec un grand H, et l’histoire personnelle de mon père. C’est à ce moment que je me suis enfin décidée à lire ses mémoires que je n’avais jamais lues. J’appréhendais un peu car elles abordaient des questions très intimes, évidemment en lien avec ma propre vie. J’ai alors ressenti le besoin de raconter cette histoire à partir de ses récits et des images qu’il avait intégrées dans ses mémoires. Voilà le point de départ.

Il n’est jamais facile de dévoiler son histoire personnelle au public. Comment avez-vous fait pour vaincre la pudeur que l’on peut avoir en réalisant ce film intimiste?

Je ne pense pas l’avoir vaincue… j’ai encore cette pudeur. Elle est matérialisée dans le film. C’est une sensation que j’ai toujours eue depuis le début du projet, et que j’ai encore à chaque fois que je revois le film ou quand je dois en parler. D’une certaine manière, je pense que le film traite cette pudeur d’un point de vue cinématographique. Le plus difficile a toujours été de trouver ma place face à cette histoire, justement à cause de cette pudeur au moment d’aborder son histoire intime. J’ai essayé de me situer à ses côtés, avec un regard sans jugements de valeurs, en tant qu’accompagnatrice dans ce voyage vers la mémoire.

Comment lui avez-vous proposé de faire un film sur ses mémoires ? Comment a-t-il réagi ?

Je ne lui ai jamais dit “Papa, nous allons faire un film”. C’est après avoir lu ses mémoires que j’ai tout simplement commencé à le filmer. Je filmais nos conversations et je le filmais aussi tout seul. Je me demandais constamment ce que je recherchais avec ce film, tout en essayant de comprendre quelle était notre relation. A travers le film, je le voyais vivre sa vieillesse, et à partir de là nous avons pu explorer ses mémoires ensemble. Ce fut un long processus que nous avons partagé. On abordait des questions traitées dans ses livres. Au début il ne comprenait pas trop ce que j’étais en train de faire, puis petit à petit, il a mieux compris. Mais il ne posait pas de questions et moi non plus je ne ressentais aucun besoin de lui expliquer, car on était en train de partager ce moment sereinement. D’autre part, je pense qu’en écrivant ses mémoires, il avait déjà un désir de se montrer en quelque sorte, de dévoiler son intimité, de la raconter. C’était même un besoin libérateur pour lui. Alors, je pense que ce film vient affirmer sa décision et il en est fier. En plus, je pense qu’en tant que père, le fait que sa fille s’intéresse à lui et lui consacre autant de temps, c’était important. Il était toujours content qu’on puisse passer du temps ensemble.

Comment s’est déroulé le processus de production du film depuis l’idée originale jusqu’au montage ?

Ce fut un long processus, très intense, parfois solitaire, parfois accompagné. Pendant la première phase d’écriture, de recherche et de développement, j’ai beaucoup travaillé avec Marta Andreu de « Playtime » à Barcelone. Il s’agissait surtout de discuter autour de mes lectures et de mes recherches dans les archives de mon père. J’ai beaucoup lu sur le contexte historique, sur la question coloniale, sur le Maghreb en général. J’écrivais en même temps que je réalisais un montage avec les photos et les films super 8 des archives de mon père. Je filmais aussi mon père surtout à des moments de solitude. Je faisais des essais, je cherchais un dispositif que plus tard, j’ai fini par trouver. Nous avons cherché des financements, sans succès. C’est alors que la boîte de production s’est désengagée du projet et je suis restée seule. Mais parfois, même sans financements, il faut savoir porter le projet jusqu’au bout. C’est mon premier long métrage, je lui ai consacré tout mon temps et mon énergie de ces deux dernières années.

[Entrevista realizada por skype, París – Barcelona. Marzo 2015]

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